Le Blogueur est dans le pré

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lundi 26 février 2007

Surpoids, obésité et mortalité selon une étude portant sur 500 000 personnes

Si l’obésité est clairement associée à une mortalité accrue, il n’en est pas de même du surpoids (IMC entre 25 et 29,9 kg / (m)2). En effet, la relation entre poids et mortalité peut être faussée par plusieurs biais, dont les plus importants sont le tabagisme et les pathologies associées, responsables en euxmêmes d’une diminution de poids et d’une augmentation de la mortalité.

Les auteurs ont donc utilisé la cohorte NIH-AARP qui suit depuis 1995-1996 plus de 500 000 hommes et femmes âgés à l’inclusion de 50 à 71 ans. Au 31 décembre 2005, ils procédèrent au recensement des décès parmi les 527 265 participants dont les données étaient exploitables.
Pendant ce suivi d’environ 10 ans, portant sur 4 821 757 personnes / années, 42 173 hommes et 19 144 femmes sont décédés. Sur l’ensemble de la population étudiée, la mortalité était maximale chez les personnes avec un IMC très élevé (> 40) ou très bas (< 18,5) ;
Le surpoids n’était associé à une augmentation de la mortalité que chez les femmes, et avec un risque relatif peu élevé (RR = 1,07 ; 95 CI = 1,01-1,14).

Chez les personnes n’ayant jamais fumé, la mortalité était associée à l’obésité et au surpoids. La prise en compte de l’IMC à 50 ans permet- Surpoids, obésité et mortalité selon une étude portant sur 500 000 personnes tait de s’affranchir du risque de biais lié à une pathologie associée non encore diagnostiquée. La relation entre l’IMC et la mortalité devenait alors beaucoup plus nette, avec une mortalité augmentée de 20 à 40 % en cas de surpoids et de 200 à 300 % en cas d’obésité.
Au total, l’excès de poids était responsable, dans cette cohorte, de 7,7% des décès prématurés chez les hommes et de 11,7 % de ceux-ci chez les femmes. Chez les personnes n’ayant jamais fumé, 18,1 % des décès prématurés chez les hommes et 18,7 % chez les femmes pouvaient être attribués à un excès de poids.
Les décès prématurés ne sont donc pas seulement l’apanage de l’obésité, mais se rencontrent aussi, bien qu’à un moindre degré, chez les personnes en “simple” surpoids.





Overweight, Obesity, and Mortality in a Large Prospective Cohort of Persons 50 to 71 Years Old Adams K.F et al. N Engl J Med. 2006 ; 355:763-78.

Fallait-il supprimer les distributeurs dans les établissements scolaires ?

Depuis le 1er septembre 2005, les “distributeurs automatiques de boissons et de produits alimentaires payants et accessibles aux élèves sont interdits dans les établissements scolaires”, en application de l’article 30 de la loi n°2004-806 relative à la politique de santé publique. Il ne s’agit donc pas d’un oukase d’experts détenteurs du bien penser nutritionnel, mais d’une décision de la représentation nationale, légitimée par au moins deux raisons : la nature des produits proposés, trop gras, trop sucrés, trop salés, en totale contradiction avec les objectifs du Programme National Nutrition Santé ; l'incitation au grignotage, qui perturbe l’acquisition de bonnes habitudes alimentaires chez les enfants.

Cependant, les opposants à cette loi ne désarment pas : industriels commercialisant les aliments ainsi mis à l’index et gestionnaires de distributeurs automatiques. Et de citer les nombreuses vertus de ces appareils, jusque-là insoupçonnées : réhydratation et réconfort avec les boissons chaudes, notamment en hiver ; maintien des élèves dans les écoles, évitant ainsi les tentations extérieures (tabac, alcool) et les risques de racket ou d’agression ; possibilité de prendre un petit déjeuner… C’est à se demander comment faisaient les enfants fréquentant les établissements dépourvus de distributeurs (80% des collèges et 50 % des lycées).

Il faudrait être naïf pour penser que la suppression des distributeurs dans les écoles va ipso facto supprimer l’obésité et le risque de maladies métaboliques chez nos jeunes concitoyens. Les enfants (et leurs parents) gardent la liberté d’acheter les produits de leur choix, y compris dans les coopératives en plein développement au sein des écoles (la nature a horreur du vide…), et de les consommer à discrétion.

Cette interdiction constitue surtout un symbole fort et un message adressé aux parents, dont la majorité ne soutenait initialement pas cette mesure. L’école joue un rôle important dans la promotion de la santé, et l’interdiction des distributeurs y contribue simplement mais fermement. Il faut tenir bon, car en moins de deux ans, le lobby agro-alimentaire a tenté à quatre reprises d’imposer lors de discussions de textes législatifs des amendements visant à supprimer cette mesure. L’intérêt de quelques états américains et de plusieurs pays européens pour une restriction de l’offre alimentaire dans les distributeurs voire leur interdiction est un grand encouragement pour garder le cap. Il fallait supprimer les distributeurs dans les écoles, et il faut maintenir cette interdiction.

Pr Dominique Turck
Hôpital Jeanne de Flandre
et Faculté de Médecine, Lille.